A la veille du premier tour des élections régionales en Aquitaine, le 14 mars, les socialistes ont l'avantage du sortant. Ils devraient être reconduits au soir du deuxième tour, le 21 mars. Les socialistes devraient ainsi mener la danse en Aquitaine, reste à savoir qui seront les cavaliers qui partageront la valse entre les deux tours et la future majorité du Conseil régional d'Aquitaine. En ces périodes d'élections, l'avantage est parfois au sortant et depuis douze ans, l'Aquitaine est entre les mains des socialistes.
Alain Rousset a ouvert la campagne des régionales en venant présenter sa liste départementale des Pyrénées Atlantiques à Pau puis à Bayonne en Pays Basque nord.
Président de l'Association des régions françaises, il a défendu, en ces temps d'endettement abyssal de l'Etat français (140 milliards d'euros), la bonne gestion de la Région Aquitaine qui a su retrouver l'équilibre financier, non sans rappeler que l'Aquitaine dont il avait hérité en 1998 était "une des plus endettée de France" résultat de gestion de la majorité RPR d'alors.
Fier de pouvoir montrer qu'il est possible de conduire "une politique active et de bien gérer le budget", celui qui se présente pour son dernier mandat régional était aussi venu marquer son territoire.
Entouré des locaux de l'étape, Alain Rousset y a présenté, en avant-première, la liste départementale conduite par le Bernard Uthurry le maire d'Oloron, constituée de l'actuel vice-président du Conseil régional d'Aquitaine François Maitia (Saint Jean-Pied-de-Port, 3e), de Mathieu Bergé (Bayonne, 7e) et Farida Hadidi (Anglet, 10e) au premier rang, et Sylviane Allaux (Ciboure, 4e) et de Jean-Bernard Sanson (Urcuit, 15e).
Il y a vanté le travail effectué au Conseil Régional Aquitain, la bonne gestion du budget, les actions développées dans le domaine de la langue basque, le développement économique, la formation des jeunes, le transfrontalier et l'Euro-région aussi, abordée avec son homologue d'Euskadi Patxi Lopez lors de sa visite éclair dans la capitale girondine le 30 novembre dernier, sans esquiver le périlleux sujet de la LGV.
Sur la LGV, un sujet sensible, qui suscite toutes les émotions et dont il sera difficile de parler sans prendre le risque de laisser ça et là, quelques voix, le président sortant n'a pas manqué d'égratigner ses adversaires direct, dont le Modem.
Il s'est dit "attristé" par la position défavorable du vice-président du Conseil général des Pyrénées, Jean-Jacques Lasserre (Modem), lui reprochant de fuir "ses responsabilités". Idem quant à la position, opposée sur la LGV, des représentants de la liste Europe Ecologie Aquitaine, "qui soutient tous les projets de Lignes à grandes vitesses et plus largement du transport ferroviaire partout en France hormis en Aquitaine", qui a eu l'occasion de rétorquer par la négative depuis.
L'opposition en ordre de marche : de la plateforme Europe Ecologie Aquitaine, à l'opposition de droite, en passant par l'imbroglio abertzale
A l'occasion des élections régionales, consécutives à leurs bons résultats aux européennes, les Verts-Europe Ecologie ont choisi de s'associer à nouveau avec la fédération Régions et Peuples Solidaires (RPS). Monique de Marco a été choisie pour conduire la liste au niveau régional au détriment de Marie Bové, un moment pressentie.
Au niveau du département des Pyrénées Atlantiques, un amalgame de Verts, de "régionalistes", de militants associatifs compose la liste conduite par le béarnais David Grosclaude, membre du Partit occitan. Viennent ensuite Alice Leiciagueçahar (2e), le conseiller régional sortant Jean Lissar (3e), Michel Botella (5e), pour les verts puis les membres d'Eusko Alkartasuna et de Régions et Peuples Solidaires (RPS) Manex Pagola (9e) et Halima Sabri (14e).
Lors de la conférence de presse du 27 janvier à Bayonne, Manex Pagola d'Eusko alkartasuna (EA) expliquait "la confiance qu'il (faisait) au régionaliste occitan David Grosclaude et à sa liste pour défendre les droits culturels, sociaux, économiques du Pays Basque, du Béarn, de l'Occitanie". "Militant en faveur de la reconnaissance d'un statut pour la langue occitane, jamais je n'ai conçu ce combat autrement que dans le travail en commun avec les autres langues" prend le soin de préciser le candidat David Grosclaude avant de défendre la possibilité de disposer "d'une collectivité propre avec un statut particulier comme cela existe pour d'autres territoires de la République".
La position d'EA, fidèle à celle d'Europe Ecologie pour les Européennes de l'an passé, n'a pas été suivie par le reste des partis abertzale. Le mode d'élection particulièrement dur pour les petites formations a incité Abertzaleen Batasuna et Batasuna à partir ensemble au sein de la coalition Euskal Herria Bai (Pays Basque Oui), une coalition apparue pour la première fois à l'occasion des élections législatives de 2007, reconduite pour les élections cantonales de 2008 et abandonnée pour les élections européennes de 2009.
La coalition Euskal Herria Bai (EH Bai) renait donc de ses cendres mais cette fois-ci sans la participation, pleine et entière, d'Eusko Alkartasuna.
Autre spécificité de la gauche abertzale, EH Bai a choisi de ne participer que symboliquement aux élections régionales en Aquitaine. Euskal Herria Bai appelle ainsi à un vote de "protestation". Un bulletin symbolique devrait être distribué afin qu'il soit considéré comme nul au moment du dépouillement. Au coeur de cette revendication symbolique, l'absence d'un cadre institutionnel pour le Pays Basque qui ne diluerait pas le vote abertzale au niveau de la région. Ce sera aussi l'occasion pour EH Bai de soutenir la campagne de consultation citoyenne défendue par la plateforme Batera.
Quant aux élections européennes à proprement dites, l'accord conclu entre le Modem et le Parti nationaliste basque (PNB) lors des élections de 2007 avait créé un précédent mais le Modem n'a pas offert de poste éligible au candidat Parti nationaliste basque. Aussi, comme pour les européennes de 2009, le PNB a choisi de partir seul en présentant des candidats dans l'ensemble des cinq départements, une participation qui risque donc de rester symbolique elle aussi.
Au sujet de Batera qui saisira l'occasion des élections pour consulter les Basques sur une collectivité pour le Pays Basque nord, le sujet a été abordé par le Parti nationaliste basque (PNB) qui a sérieusement planché sur la faisabilité juridique d'une "Collectivité territoriale du Pays Basque" inscrite dans le cadre constitutionnel français "destinée à renforcer les pouvoirs locaux, à les rapprocher des citoyens au sein de l'Union européenne". Reste à savoir la forme que prendra la réforme des collectivités territoriales et la place qu'elle autorisera aux petites formations particulièrement actives en Pays Basque.
Les adversaires des socialistes, en rang dans les Pyrénées AtlantiqueLe danger pour les socialistes ne viendra pas donc pas directement des abertzale que le mode de scrutin condamne à une portion congrue. Les véritables adversaires, au premier tour restent ceux que l'on connait au niveau national: l'UMP, le Modem et les anciens colistiers de 2004 qui ont ralliés la plateforme Europe Ecologie. Le Front national, arrivé 4e au premier tour en 2004 avait hérité de 7 conseillers régionaux mais ne devrait pas prendre part à la valse des accords d'entre les deux tours.
En 2004, les alliances scellées au second tour avaient définitivement créé deux poles majoritaires. Ce système politique binaire avait joué en la faveur du pôle de gauche (PS-Verts-PRG, 57 conseillers) et de l'UMP qui avaient rallié l'UDF-Cap 21 (21 conseillers).
Au premier tour, les scores devraient être beaucoup plus équilibrés cette année entre le Parti socialiste, l'UMP, Europe Ecologie et le Modem, en tête devant le Front national (FN) et le Front de gauche entre autres. Mais le second tour devrait, une fois de plus, donner l'avantage au sortant pourvu que les socialistes parviennent à rallier à eux Europe-Ecologie voire le Modem.
En Aquitaine, à l'instar d'Europe Ecologie, le Modem qui fait le pari de l'ouverture politique au sein de Force Aquitaine, "un lieu de rassemblement ouvert à d'autres mouvements et forces politiques et sociales" comme l'ont présenté Jean-Jacques Lasserre et Jean Lassalle à Bayonne, est courtisé par le PS d'Alain Rousset, et attaqué avec violence par l'UMP au niveau national.
C'est le député et conseiller général Jean Lassalle (Modem) qui conduira les troupes au niveau de la Région, Jean-Jacques Lasserre, au niveau du département où il a su ramener la maire de Saint-Pée-Sur-Nivelle et présidente du Biltzar des maires, Christine Bessonart, sixième de la liste. Mais il semble difficile d'envisager dépasser les 10% de voix (contre les 16% de l'UDF-Cap 21 de 2004). il est difficile de connaitre d'ores et déjà son cavalier d'entre les deux tours.
Devant le travail du président socialiste sortant, l'UMP s'efforce de "limiter la casse" pour parvenir à se faire une place en Aquitaine. L'écart de conseillers régionaux UMP (11 élus) qui le sépare du groupe socialiste (49 élus) semble insurmontable.
L'alliance avec le Modem de François Bayrou n'étant pas envisageable, l'UMP a décidé à Paris, le 30 janvier, des listes: le ministre Xavier Darcos conduit, pour la seconde fois, la liste au niveau de la région et le député européen Alain Lamassoure a été préféré à Peyuco Duhart (Saint-Jean-de-Luz) sur le département. Accompagné d'Alain Juppé, François Fillon, le chef du gouvernement est venu jeudi à Mérignac près de Bordeaux pour prêter main-forte aux têtes de liste, car l'UMP n'a finament rien à perdre.
Dans les Pyrénées Atlantiques, comme la direction nationale de l'UMP l'a imposé, le président CPNT, Frédéric Nihous est troisième sur la liste devant la bayonnaise Sylvie Durruty (nouvellement membre du parti radical) poussée par Jean Grenet et Peyuco Duhart. Le Nouveau centre est également représenté mais pour le basque Beñat Inchauspé, conseiller général d'Hasparren, il n'aura pas le bonheur d'être élu (17e), pas plus probablement que du mauléonais Olivier Carrasco (11e).
Sans grande surprise, l'UMP, qui a finalement plus à gagner qu'à perdre lors des élections régionales a décidé de distribuer des places d'honneur à la "famille et alliés", l'avenir du parti présidentiel se jouant davantage lors de scrutins futurs.
La liste du Front National sera conduite par Jacques Colombier, tête de liste aux élections régionales en Aquitaine. Jacques Henriot emmènera la liste du Front National au niveau du département aux côtés de Chantal Renoux (2e). En 2004, le FN avait recueilli plus de 11% des voix (7 conseillers) et continue de se sentier bien seul sur la piste de danse aquitaine.
Quant au Front de gauche, les listes ne sont pas arrêtées. Si l'on sait que l'avocat bordelais Gérard Boulanger conduira la liste au niveau régional, au niveau du département, c'est Olivier Dartigolles, premier secrétaire Parti communiste qui aura la charge de la liste départementale, Daniel Romestant (PCF Pays Basque) devrait occuper la troisième place en attendant la décision définitive du NPA localement.
eitb.com - 05/02/2010
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